📌Contexte & Problématique
L'administration de liquides par voie intraveineuse est fréquemment utilisée en association avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) dans le traitement de la migraine aiguë aux services d'urgence, malgré le manque de preuves claires étayant son bénéfice. Cette étude vise à évaluer si l'ajout de 1 000 ml de solution saline normale par voie intraveineuse au traitement standard à base d'AINS améliore les résultats cliniques chez les adultes se présentant au service des urgences pour une migraine aiguë.
🧪Méthodologie
Il s'agit d'un essai contrôlé randomisé en double aveugle, en groupes parallèles, mené dans un seul service d'urgence universitaire de soins tertiaires (de juin 2020 à juin 2021). Les participants sont des adultes âgés de 18 ans et plus souffrant de migraine selon les critères de la 3e édition de la Classification internationale des céphalées, et présentant une crise aiguë. Les patients souffrant de déshydratation, ayant récemment reçu des liquides par voie intraveineuse ou présentant des contre-indications ont été exclus. Sur 955 patients examinés, 128 ont été randomisés ; 125 ont été analysés. Tous les patients ont reçu 75 mg de diclofénac par voie intramusculaire. Le groupe d'intervention a reçu 1 000 ml de solution saline par voie intraveineuse sur 1 heure ; le groupe témoin a reçu 10 ml de solution saline par voie intraveineuse sur 1 heure. Le critère de jugement principal était la variation de la sévérité des céphalées (échelle visuelle analogique [EVA] de 100 mm) à 2 heures.
📊Résultats Clés
La réduction médiane de l'EVA était de 62,0 mm (IQR 37,5-82,0) dans le groupe d'intervention contre 48,0 mm (26,0-74,0) dans le groupe témoin ; la différence estimée de Hodges-Lehmann entre les groupes était de 10,0 mm (IC à 95 % -2,0 à 20,0). Aucune différence entre les groupes n'a été constatée en ce qui concerne l'EVA des nausées ou l'incapacité fonctionnelle au cours des différents points temporels. L'utilisation de médicaments de secours était plus faible dans le groupe d'intervention (23,8 %) que dans le groupe témoin (42,5 %) (différence absolue de 18,6 %, IC à 95 % de 2,1 % à 35,0 %). La durée médiane du séjour au service des urgences était plus courte dans le groupe d'intervention (150 contre 168 minutes ; différence de 19 minutes, IC à 95 % de 0 à 39). Aucun événement indésirable grave ne s'est produit ; les résultats de l'enquête à 24 heures étaient similaires entre les groupes.
🩺Impact Clinique
L'ajout de 1 000 ml de solution saline par voie intraveineuse au traitement à base d'AINS n'a pas produit d'amélioration nette du soulagement de la douleur à 2 heures. La diminution de l'utilisation de médicaments de secours et la réduction de la durée du séjour au service des urgences dans le groupe d'intervention sont des résultats secondaires qui peuvent être influencés par le personnel d'administration non aveuglé et doivent être interprétés avec prudence. L'administration systématique de liquides par voie intraveineuse doit être envisagée de manière sélective, en particulier chez les patients présentant des signes cliniques de déshydratation.